Jour 6 – La Jungle, des médias au vécu

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Le précaire beffroi du camp de réfugiés calaisien (Jungle Belfry),
construit par un groupe d’architectes et d’artistes de la Jungle

Calais, le 17 octobre 2016. Après quasiment une semaine de discussions avec les habitants des communes où nous nous sommes arrêtés, une expérience particulière nous attendait à Calais. Après en avoir entendu parler dans les médias pendant plusieurs années de façon prononcée et sensationnaliste, nous ne pouvions pas ne pas nous rendre dans le camp de réfugiés de Calais, également connu sous le nom de la « Jungle » (a priori à cause de sa localisation initiale, dans des bois de la périphérie de la ville).

Comment nous rendre dans cette zone si particulière ? Nous avons fait le choix de contacter une association d’aide humanitaire locale, L’Auberge des Migrants, qui compte notamment dans son action le référencement du nombre de migrants et la distribution de plusieurs milliers de repas par jour. La chance nous a souri, puisque nous avons eu l’opportunité de découvrir la zone en présence du président de l’association. Son aide nous fut précieuse et nous le remercions à nouveau chaleureusement, puisque ses explications nous ont permis de comprendre le fonctionnement de la Jungle (ses rues encadrées de tentes, ses précaires restaurants, sa division entre hommes, femmes et enfants, etc.). Nous y avons également découvert les relations qui la dynamisent, entre migrants de diverses nationalités mais également entre les réfugiés et les (très, très nombreux) CRS – en particulier à une semaine du démantèlement de la zone. Déjà, nous avons assisté en direct au placardage par les policiers de l’arrêté officiel du ministère de l’Intérieur forçant les 72 commerces de la zone à fermer sans délai.

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Une chose en particulier fut frappante : le calme. Les rues étaient, naturellement, bruyantes d’activité et d’agitation, en raison du nombre de gens qui circulent sur ces passages étroits. Cependant, la tension sociale alarmiste transmise dans les médias, en particulier à la télévision, laissant penser à une zone de non-droit perpétuellement violente et instable, nous a semblé plutôt faussée. A la place, nous avons découvert une zone clairement précaire, mais bien installée – avec ses restaurants, ses écoles, ses lieux de culte, sa bibliothèque, entre autres – jusqu’aux jours prochains où les 72 « lieux de vente » devront être fermés puis la jungle entière évacuée. Les personnes installées dans la zone sont très majoritairement pacifiques, cherchant simplement un toit pour fuir la guerre (97% des migrants de la jungle sont des réfugiés de guerre) et sans velléités de violence offensive. Lorsque les CRS sont arrivés avec l’arrêté de justice, la confusion a laissé place à la résignation. Les commerces fermeront, sans violence.

Le jour où la jungle fermera, d’ici la fin 2016 selon Bernard Cazeneuve, alors Christian, le président de l’Auberge des Migrants, estime que près de la moitié des 10 000 migrants présents (principalement des Afghans et des Soudanais) choisira le transfert vers l’un des différents centres d’accueil et d’orientation (CAO) construits un peu partout à travers la France. Une autre moitié, a priori, restera déterminée à passer la Manche pour arriver au Royaume-Uni – pour des raisons linguistiques, pour rejoindre leur famille, pour d’autres raisons encore.

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D’ici-là, plus d’une centaine de bénévoles du Refugee Community Kitchen cuisineront de quoi nourrir ces citoyens du monde entier. Bénévoles à 1% composés de Français, 80% de Britanniques et les autres de nationalités diverses. Bénévoles à qui on a, à eux aussi, posé la question de l’amélioration des choses en Europe. Plusieurs n’ont pas su donner une réponse précise, tant selon eux le nombre de choses à faire pour sortir de cette situation est important. Parmi les propositions principales : établir la frontière britannique à Douvres (Royaume-Uni) plutôt qu’à Calais, lancer une prérogative européenne de gestion de crise en cas d’urgence humanitaire, harmoniser la liste des pays considérés en guerre entre les différents Etats-membres de l’Union (qui influe sur les demandes d’asile).

Toutes ces propositions de citoyens bénévoles sont notées solidement dans notre répertoire. Nous les transmettrons dès la fin du projet aux décideurs compétents sur la question… en espérant participer à résoudre la question à notre modeste échelle, à l’unisson.

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2 commentaires sur « Jour 6 – La Jungle, des médias au vécu »

  1. Merci de votre point de vue… à quelques jours du démantèlement attendu…ces « premières » propositions sont certainement à prendre en considération. On attend avec impatience vos nouvelles nouvelles! bonne route

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  2. Merci pour ce témoignage de jeunes qui « cherchent à comprendre » afin de mieux réfléchir, par eux-mêmes, essayant de s’affranchir des informations polluées par les filtres des médias. L’Europe, puisque c’est le thème du pélerinage « des Europes & des Hommes », a du pain sur la planche en terme d’accueil des populations en détresse ! C’est assurément un des chantiers prioritaire pour lequel l’UE DOIT trouver des réponses en faisant preuve d’HUMANITE

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