Jour 89 – L’évidence européenne

Alors, je vous vois venir. L’évidence européenne ? Pas si évidente en ces temps d’euroscepticisme accru, de tentation du repli sur soi, d’imprévisibilité du futur. Et pourtant, je persiste et signe. Baptiste et moi sommes aujourd’hui à Limoges, où s’est tenue notre toute première conférence de presse, organisée par la Maison de l’Europe locale que nous remercions à nouveau tant leur accueil fut chaleureux.

Cependant, ce n’était pas à Limoges que nous étions ce matin. C’était à Oradour-sur-Glane. Village martyr qui subit de plein fouet la violence dont peuvent être capables les êtres humains, où 642 civil.e.s furent tué.e.s le 10 juin 1944 alors que les Alliés approchaient. L’évidence européenne, c’est celle-ci. Celle d’une nécessaire coopération entre Etats du même continent, coopération si dense qu’elle empêche toute velléité de conflit armé : on ne combat pas militairement ses partenaires. Cette évidence européenne, c’est à ces villages martyrs que nous le devons. Peu importe après tout si le IIIe Reich provenait d’Allemagne, de France ou d’ailleurs. La nationalité importe peu. Pensons à la popularité grimpante des ligues d’extrême-droite dans les années 1930 en France (et ce n’est qu’un exemple) pour nous rappeler, toujours, que le risque d’une évolution sociétale allant vers le nationalisme exacerbé puis la guerre peut toujours apparaître. L’union en Europe, l’union européenne au sens large de l’expression, comment ne pourrait-elle pas devenir une évidence aux yeux de chaque visiteur ou visiteuse du village d’Oradour ?

Et puis après tout, ne sommes-nous pas Européens comme une évidence face au reste du monde ? A l’issue de notre visite dans le village préservé d’Oradour, nous avons rencontré dans le nouveau village un politologue argentin franc-maçon (improbable, n’est-ce pas ?) qui avait visualisé un documentaire trente ans plus tôt évoquant le monde en guerre. Fasciné à l’époque par l’histoire d’Oradour, fasciné au sens le plus terrible du terme, il avait alors décidé de s’y rendre un jour dans sa vie. Et en visite à Barcelone pour quelques semaines, il a choisi de se rendre dans ce village martyr pour en savoir davantage sur ce massacre… depuis Barcelone. Un billet d’avion pour Paris, un train pour Limoges puis un bus vers Oradour. Puis l’inverse quarante-huit heures plus tard. En trois jours, ce monsieur de l’autre bout du monde a fait un saut au fin fond du pays voisin de l’Espagne pour découvrir de ses yeux ce village et lui rendre hommage. Des yeux de ce Sud-Américain, l’Europe était en effet un tout. L’évidence européenne, là encore. On se sent rarement plus français qu’en période de séjour à l’étranger. La même observation vaut pour l’identité européenne, décelable plus aisément depuis d’autres continents.

Recul spatial, recul temporel…

Publicités

Un commentaire sur « Jour 89 – L’évidence européenne »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s